Quand le thermomètre descend, les compteurs s’emballent. Mais pas partout de la même façon. Le lien entre chauffage et consommation d’électricité varie fortement d’un département à l’autre, et une étude publiée le 25 octobre permet d’en dresser une carte précise, en s’appuyant sur les données ouvertes d’Enedis. Elle montre aussi que la part de l’électricité qui dépend du froid a nettement reculé en six ans, signe que la sobriété et la rénovation produisent des effets mesurables.
Un cinquième de la consommation suit le thermomètre
Enedis ne se contente pas de compter les kilowattheures. Pour chaque territoire, le gestionnaire du réseau estime la part de la consommation des foyers qui réagit à la température : chauffage électrique, chauffe-eau, radiateurs d’appoint. C’est ce qu’on appelle la part thermosensible. En 2025, elle représente 19,9 % de la consommation résidentielle, contre 25,2 % en 2019. Autrement dit, un quart de l’électricité des ménages dépendait du froid il y a six ans, un cinquième aujourd’hui.
Le site Comparons l’énergie a rapproché ces données de celles de l’INSEE et du tarif réglementé dans une étude sur la consommation d’électricité des foyers qui couvre les 94 départements desservis par Enedis et plus de 32 000 communes. Parmi ses quatre cartes, l’une est consacrée à cette part thermosensible.
De la Côte d’Azur à la Lorraine, un écart du simple au double
La part thermosensible va de 13 % dans les Alpes-Maritimes à 25 % en Meurthe-et-Moselle. Les départements méditerranéens ferment la marche, avec 14,5 % dans les Bouches-du-Rhône, 15 % dans le Var et 15,5 % dans l’Hérault. À l’autre bout, le Loiret et l’Orne atteignent 24,7 %, l’Eure 24,1 %. Le climat joue évidemment : là où les hivers sont longs et rigoureux, le chauffage pèse davantage dans la consommation. Mais il n’est pas seul en cause. L’étude rappelle que les maisons construites des années 1970 aux années 1990, souvent équipées de convecteurs, font la facture dans les départements où elles sont nombreuses.
| Département | Part thermosensible 2025 | Évolution de la consommation 2019-2025 |
|---|---|---|
| Alpes-Maritimes | 13 % | −9,7 % |
| Bouches-du-Rhône | 14,5 % | −12,5 % |
| Var | 15 % | −11,5 % |
| France (Enedis) | 19,9 % | −9,5 % |
| Orne | 24,7 % | −7,7 % |
| Loiret | 24,7 % | −8,3 % |
| Meurthe-et-Moselle | 25 % | −7,4 % |
Degrés-jours : pourquoi comparer 2019 et 2025
Comparer deux années de consommation électrique n’a de sens que si leurs hivers se ressemblent. Sinon, on risquerait de prendre un caprice météorologique pour une tendance. Pour mesurer la rigueur d’un hiver, les spécialistes utilisent les degrés-jours : chaque jour, on additionne l’écart entre la température moyenne et un seuil de référence au-dessous duquel il faut chauffer. Plus le total est élevé, plus l’hiver a été froid.
L’étude retient 2019 et 2025 précisément parce que ces deux années ont connu des hivers proches de la normale : 1 561 degrés-jours en 2025, pour une normale de 1 583. L’année 2022, par exemple, aurait faussé la comparaison : la consommation par foyer y était tombée à 4 289 kWh, sous l’effet conjugué de la crise des prix et d’un hiver très doux. Entre les deux années retenues, la consommation moyenne par foyer est passée de 4 559 à 4 126 kWh, soit 9,5 % de moins sans aide du climat. Aucun des 94 départements n’est en hausse.
La correction climatique d’Enedis, un contrôle supplémentaire
Enedis publie aussi une consommation dite « corrigée du climat », qui recalcule ce qu’auraient consommé les foyers par un hiver parfaitement normal. L’étude s’en sert comme contre-épreuve. Résultat : à climat constant, la consommation par foyer passe de 4 564 à 4 140 kWh, soit une baisse de 9,3 %, très proche du chiffre brut. La correction ne modifie la moyenne que de quelques dizaines de kilowattheures, et le classement corrigé des départements est pratiquement identique au classement brut. La baisse observée est donc bien structurelle.
Pourquoi le Grand Est baisse moins que le pourtour méditerranéen
C’est l’un des résultats les plus contre-intuitifs. Les départements du pourtour méditerranéen, où le froid pèse peu dans la consommation, sont parmi ceux qui ont le plus réduit leur demande : −12,5 % dans les Bouches-du-Rhône, −11,8 % dans l’Hérault, −11,5 % dans le Var. À l’inverse, le Grand Est, aux hivers plus rudes, ne recule que de 6,5 % en moyenne par département, contre 10,8 % en Provence-Alpes-Côte d’Azur.
L’explication tient au mode de chauffage plus qu’au climat. Selon les données de logement reprises par Enedis, 53 % des résidences principales du Var sont équipées d’un chauffage électrique, contre 20 % en Meurthe-et-Moselle. Or l’étude relève une corrélation de −0,65 entre la baisse de consommation et la part des logements chauffés à l’électricité : plus elle est élevée, plus la baisse est forte. Dans le Sud, il y avait beaucoup de convecteurs à remplacer et de chauffage à économiser. Dans les départements chauffés au gaz ou au fioul, l’électricité servait déjà surtout à l’éclairage, au froid alimentaire et aux appareils, et il restait peu à gagner. La part thermosensible du Var est ainsi passée de 23 % à 15 %, celle de la Meurthe-et-Moselle de 28 % à 25 %.
Trois départements alsaciens et mosellans ferment le classement des baisses, la Moselle (−3,4 %), le Haut-Rhin (−4,2 %) et le Bas-Rhin (−4,8 %), mais avec une réserve : une entreprise locale de distribution y dessert une part notable des foyers, et les chiffres d’Enedis ne décrivent qu’une partie des habitants.
Ce que cela implique pour la rénovation et les pompes à chaleur
Pour l’étude, la baisse vient d’abord du chauffage : gestes de sobriété, isolation et remplacement des convecteurs par des pompes à chaleur. La consommation des usages quotidiens, elle, se comprime beaucoup moins. Le message est clair pour les territoires où la part thermosensible reste élevée : c’est l’enveloppe du bâtiment et le système de chauffage qui offrent les plus grandes marges. D’où l’intérêt de bien choisir l’ordre des travaux de rénovation énergétique, et de se demander s’il faut isoler avant d’installer une pompe à chaleur, afin de ne pas surdimensionner l’équipement.
Dans le Sud, où le chauffage pèse moins, la question se pose autrement : la pompe à chaleur air-air réversible y sert souvent l’hiver comme l’été. La part thermosensible mesurée par Enedis porte sur la réaction au froid ; les besoins de rafraîchissement pendant les épisodes de vigilance canicule relèvent d’une autre logique, que cet indicateur ne capte pas.
Comment explorer les données de son territoire
- Une carte de la part thermosensible, à côté de celles de la facture type, du poids dans le niveau de vie et de l’évolution depuis 2019.
- Un classement triable des 94 départements.
- Une fiche par département, qui détaille la part thermosensible, la part de logements chauffés à l’électricité et les communes les plus gourmandes et les plus sobres.
- Un module « Et dans votre commune ? » et deux fichiers CSV à télécharger, réutilisables en citant « Comparons l’énergie » avec un lien.
Les limites à connaître
Les parts thermosensibles de 2019 et de 2025 ne sont pas strictement comparables dans treize départements, où Enedis a changé sa méthode d’estimation entre les deux millésimes : l’évolution de cet indicateur doit y être lue avec prudence. Le périmètre exclut la Corse et l’outre-mer, desservis par EDF SEI. Un « foyer » correspond à un compteur résidentiel actif, résidences secondaires comprises, ce qui abaisse les moyennes en montagne.
Questions fréquentes
Qu’est-ce que la part thermosensible de la consommation d’électricité ?
C’est la part de la consommation qui varie avec la température extérieure, estimée par Enedis : chauffage électrique, chauffe-eau, appoints. Elle atteint 19,9 % en moyenne en 2025, de 13 % dans les Alpes-Maritimes à 25 % en Meurthe-et-Moselle.
La baisse de consommation est-elle due à des hivers plus doux ?
Non. 2019 et 2025 ont connu des hivers proches de la normale, et la baisse corrigée du climat (−9,3 %) reste très proche de la baisse brute (−9,5 %).
Pourquoi la baisse est-elle plus forte dans le Sud ?
Parce que le chauffage électrique y est plus répandu. Là où il équipe une large part des logements, sobriété, isolation et pompes à chaleur ont davantage réduit la consommation.
Sources
- Enedis Open Data : consommation et thermosensibilité d’électricité à la maille département
- INSEE : Filosofi, niveau de vie des ménages
Cet article a été rédigé avec l’aide d’une intelligence artificielle. Politique éditoriale
